Appel à communications pour le colloque international: Les minorités invisibles: diversité et complexité (ethno)sociolinguistiques. 28-29 novembre 2013. Organisé par le Laboratoire DIPRALANG – EA739, Université de Montpellier 3 avec la participation et le soutien de l’IUF & de l’Université de Paris 3
Argumentaire :
Nous souhaitons, dans ce colloque, réfléchir sur les reconfigurations sociolinguistiques qui se
sont opérées au gré des événements politiques, socioéconomiques et géostratégiques durant les deux
derniers siècles en Europe et ailleurs dans le monde, à travers le prisme des minorités invisibles, cachées,
ou enclavées. Elles sont considérées le plus souvent comme des singularités, alors qu’elles constituent,
du point de vue qui sera le nôtre, une dimension heuristique du contact de langues ou du conflit
sociolinguistique. Les conditions de leur enclavement ou de leur dispersion, ou encore leur structure
sociopolitique interne (absence d’élite socioéconomique ou politique, ou élite dépolitisée) ne leur ont
souvent pas permis de se manifester ou de revendiquer des droits linguistiques et culturels – ou
seulement à échelle très réduite. Il nous semble important de réfléchir dans quelle mesure cette vie
parallèle ou cette existence fusionnelle, lorsque la coexistence est vécue comme double identité ou
sous forme d’identités multiples dans leur environnement plurilingue ou dominé par une langue ou
une culture majoritaire, leur ont parfois permis de préserver leurs caractéristiques socioculturelles,
malgré l’absence de mobilisation ou de conscience d’un conflit. La question des minorités invisibles
fait éclater le modèle dialectique classique de la relation centre-périphérie, et permet d’explorer
d’autres dimensions du contact de langues et du conflit sociolinguistique.
Les communications porteront sur des cas observables aussi bien en Europe qu’en Amérique,
en Asie, en Afrique, en Océanie. Cette perspective à échelle mondiale permettra de confronter des
situations et des points de vue d’une grande diversité, afin de faire ressortir des phénomènes
pertinents du point de vue épistémologique, central dans le présent colloque, à partir des trois pistes
de réflexion que sont l’invisibilité, l’(auto)occultation et l’enclavement. A chaque fois donc, on se
posera la question : invisibles, cachées ou enclavées – pourquoi et comment ?
1. Minorités invisibles
Peut-on identifier des minorités restées invisibles au cours des deux derniers siècles, au
moment où se sont généralisées de la part des Etats-nations de multiples formes de catégorisation et
de recensement des groupes socioculturels et linguistiques ? Quelles conditions ont permis le
manque de visibilité de ces populations ? Quels avantages et quels inconvénients résultent de cette
situation d’invisibilité ? Sous quelles formes se manifeste-elle ? Est-elle réelle ou illusoire ? Est-elle
volontaire ? Ou bien, au contraire, dans quelle mesure et par quels moyens les Etats-nations se sontLaboratoire
DIPRALANG – EA 739 – ARSER (Atelier de Recherche en Sociolinguistique et d’Étude des Représentations)
Université Paul-Valéry (Montpellier III), Route de Mende, 34199 Montpellier Cedex 5.
Tél. 0467142427 – Courriel: dipralang@univ-montp3.fr
http://recherche.univ-montp3.fr/dipralang/
ils efforcés de rendre invisibles certaines communautés linguistiques ? Une polarisation sur d’autres
groupes ou une minorité particulièrement visible peut-elle contribuer à invisibiliser une ou plusieurs
minorité(s) ? Quels sont alors les relations d’imbrication entre les composantes de l’échiquier
multilingue dans une situation donnée ?
2. Minorités cachées
L’invisibilité de ces groupes s’est-elle imposée comme un fait naturel, par inertie, ou résulte-telle
au contraire d’une stratégie de survie ? En ce cas, s’il s’agit d’un processus actif, dans quelle
mesure cette démarche est-elle fondée sur une conscience collective d’une situation historique dans la
relation du groupe minoritaire au groupe majoritaire ou aux groupes environnants ? Quels sont les
facteurs qui motivent cette dissimulation ou cette discrétion ? Dans quelle mesure relèvent-t-elles de
ce qu’Erving Goffman en son temps décrivait comme la culture du stigmate (dissimulation), ou de
l’intention de préserver un équilibre (discrétion). Il s’agit là d’une question d’intelligence sociale collective,
– facteur certes difficile à cerner –, tout comme Maurice Halbwachs parlait de mémoire collective. Cette
question est d’un grand intérêt sur le plan épistémologique, puisqu’elle relève d’une conscience
collective et de formes d’auto-organisation adaptative. Quels sont alors les enjeux mais aussi les
techniques et les procédés mis en oeuvre collectivement pour garantir un équilibre intergroupe ? Dans
quelle mesure de tels équilibres sont-ils solides ou fragiles ? Une réflexion analogue a eu lieu dans les
Balkans autour des minorités cachées (cf. B. Sikimić (éd.), 2004, Hidden Minorities in the Balkans,
Belgrade, Institut de balkanologie). L’objectif de ce colloque est d’élargir aussi bien le champ
empirique que le questionnement épistémologique.
3. Minorités enclavées
Un processus important de ces dynamiques de retrait apparent de groupes sociaux de la scène
glottopolitique est l’enclavement, qui peut être la conséquence de changements dans le tracé des
frontières, de transplantation ou de déplacement de populations pour des raisons géostratégiques ou
socioéconomiques. Il peut en résulter des retournements de situation ou des inversions de rôle en
termes de relations majorité-minorités, dont les mécanismes et les effets revêtent un grand intérêt sur
le plan épistémologique, puisque ces changements montrent bien qu’aucune position, dominante ou
dominée, n’est par définition donnée par essence : l’asymétrie de pouvoir est le résultat d’une
construction historique. Comment évoluent les relations intergroupes entre l’enclave et son
environnement dans l’espace et dans le temps ? Si l’enclave est une « tête de pont » d’un arrière-pays
plus vaste ou puissant, quelles relations entretiennent cette « périphérie » qu’est l’enclave et le
« centre » qu’est la métropole ? Le « centre » de référence peut instrumentaliser l’enclave, qui lui
semble relever de sa « sphère d’influence », mais celle-ci peut aussi s’individuer en dépit de toute
relation tangible, et se déclarer d’une essence séparée.
Tous ces cas de figure sont riches d’enseignements sur l’un des grands apports de la
sociolinguistique aux sciences humaines : non seulement elle explore et fait apparaître des mondes
glottopolitiques, mais elle permet d’observer dans quelle mesure des groupes socioculturels peuvent
coexister ou entremêler leur existence dans de multiples dimensions qui leur sont propres. Les
contradictions des politiques linguistiques naissent souvent de cette incapacité à cerner les enjeux
concernant les relations intergroupes qui traversent non pas seulement le temps et l’espace du
politique, mais de multiples dimensions de la subjectivité, du point de vue psychosocial.
Laboratoire DIPRALANG – EA 739 – ARSER (Atelier de Recherche en Sociolinguistique et d’Étude des Représentations)
Université Paul-Valéry (Montpellier III), Route de Mende, 34199 Montpellier Cedex 5.
Tél. 0467142427 – Courriel: dipralang@univ-montp3.fr
http://recherche.univ-montp3.fr/dipralang/
Langue du colloque : français
Modalités de participation :
Les propositions de communication (résumé de 3000 signes environ) doivent être envoyées avant
le 15 avril 2013 à l’adresse suivante : ksenija.leonard@univ-montp3.fr
Elles seront évaluées par les membres du comité scientifique.
Droits d’inscription :
60 Euros (enseignants, chercheurs)
15 Euros (étudiants)
Les chèques doivent être libellés à l’ordre de l’Agent comptable de l’Université Montpellier 3.
Calendrier :
– le 15 avril 2013 : date limite d’envoi des propositions de communication
– le 15 juin 2013 : acceptation (avec ou sans modifications) / refus de la communication
– le 30 septembre 2013 : diffusion du programme définitif
Comité scientifique :
Emilie Aussant (HTL, CNRS, France)
Henri Boyer (Univ. de Montpellier 3, France)
Fernand de Varennes (Univ. de Hong Kong, Chine /
Univ. de Pretoria, Afrique du Sud / Univ. Vytautas
Magnus, Lituanie / Univ. de Moncton, Canada)
Vittorio dell’Aquila (Univ. de Vasa, Finlande)
Magali Demanget (Univ. de Montpellier 3, France)
Victor Friedman (Univ. de Chicago, USA)
Gabriele Iannàccaro (Univ. de Milan, Italie)
Marinette Matthey (Univ. de Grenoble 3, France)
Alexis Michaud (MICA, HUST/CNRS, Vietnam &
LACITO, CNRS, France)
Héctor Muñoz (Univ. Autonome métropolitaine,
Mexique)
Musanji Ngalasso-Mwatha (Univ. de Bordeaux 3,
France)
Jean-Marie Prieur (Univ. de Montpellier 3, France)
Maite Puigdevall (Univ. Ouverte de Catalogne,
Espagne)
Eva Toulouse (Inalco, France)
Kevin Tuite (Univ. de Montréal, Canada)
Valentina Vapnarsky (CNRS, Univ. de Paris Ouest
Nanterre La Défense, France)
Nikola Vuletić (Univ. de Zadar, Croatie)
Comité d’organisation :
Carmen Alén Garabato
Nina Bogataïa
Henri Boyer
Ksenija Djordjevic Léonard
Patricia Gardies
Virginia Garin
Jean Léo Léonard
Patrick Sacleux
Denis Stoumen
Eléonore Yasri-Labrique
Coordinateurs : Ksenija Djordjevic Léonard & Jean Léo Léonard
Lieu du déroulement du colloque :
Université « Paul-Valéry » Montpellier 3, Route de Mende, 34199 Montpellier.